11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 03:53

Difficulté particulière pour les riches et les pharisiens d’accéder au salut éternel

 

Deux groupes se font promettre le malheur dans l’évangile selon Luc, un malheur qui, on le devine, surviendra dans la vie à venir car, pour le moment, ceux qui en font partie sont comblés d’une part de biens tangibles et, d’autre part, de biens spirituels. Nous retrouvons au chapitre 6 ceux qui sont comblés des biens tangibles et intangibles de ce monde : « Mais malheur à vous, les riches! car vous avez votre consolation. Malheur à vous, qui êtes repus maintenant! car vous aurez faim. Malheur, vous qui riez maintenant! car vous connaîtrez le deuil et les larmes. Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous! » (Lc 6, 24-26). Au chapitre 11, ce sont ceux qui sont comblés de biens spirituels qui se voient menacés d’un éventuel malheur : « Mais malheur à vous, les Pharisiens, qui acquittez la dîme de la menthe, de la rue et de toute plante potagère, et qui délaissez la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans omettre cela. Malheur à vous, les Pharisiens, qui aimez le premier siège dans les synagogues et les salutations sur les places publiques! Malheur à vous, qui êtes comme les tombeaux que rien ne signale et sur lesquels on marche sans le savoir!... À vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts! Malheur à vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, et ce sont vos pères qui les ont tués! Malheur à vous, les légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science! Vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés! » (Lc 11, 43-44.46-47.52).

 

Que reproche Dieu aux riches tant matériellement que spirituellement ? Leur manque de solidarité envers les autres, de thésauriser pour eux-mêmes au lieu de s’enrichir pour Dieu (Lc 12, 21), enrichissement pour Dieu qui nécessite de mettre les biens matériels, intellectuels et spirituels à notre disposition au service du bien commun auquel ils étaient destinés dès l’origine par le divin donateur. Nous sommes tous responsables les uns des autres tant au plan matériel que spirituel. Penser autrement c’est s’engager dans la voie tracée par Caïn : « Suis-je responsable de mon frère ? » (Gn 4, 9). Qui pense se sauver seul s’illusionne, cette vision individualiste et égoïste du salut risquant plutôt de l’engager dans la voie inverse de celle du salut espéré. La dénonciation du manque de solidarité par Jésus est particulièrement évidente dans la phrase suivante : vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d'un seul de vos doigts!

 

Nous voyons souvent les œuvres comme l’acte de donner gratuitement mais l’amour réclame tout autant que nous acceptions de recevoir le don gratuit de l’autre. Ainsi on n’imagine pas un parent refuser le dessin tracé à son intention par son enfant même s’il ne correspond pas aux critères d’esthétique qui le qualifierait comme de l’art. Toutes les fois que nous refusons un don nous fermons notre cœur à l’amour, pire, nous dénions au donateur la possibilité d’élargir son cœur. J’aime bien la vision de mère Teresa selon laquelle riches et pauvres contribuent réciproquement au salut l’un de l’autre : « Nous ne considérons pas avoir le droit de juger les riches. Nous ne désirons pas une lutte entre les classes, mais une rencontre entre les classes, rencontre dans laquelle le riche sauve le pauvre, et le pauvre sauve le riche » (Il n’y a pas de plus grand amour, Lattès 1997, p. 104).

 

Le refus de la gratuité par les riches et, du fait, de l’amour qui la sous-tend, représente une difficulté importante dans leur cheminement vers le salut éternel outre la responsabilité proportionnée à l’ampleur de leur richesse, tant matérielle que spirituelle, qu’il leur incombe de mettre au service du bien commun. Ceci a fait dire à Jésus : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu » (Mc 10, 25). J’illustrerai cela par une expérience personnelle : j’ai invité un jour un riche à prendre un repas avec moi n’ayant d’autre intention que de retrouver un vieil ami. À la fin du repas, non seulement a-t-il insisté pour payer la note mais encore voulait-il me faire une faveur dont la valeur n’avait aucune mesure avec le peu que je venais de faire pour lui, si bien que j’ai été soulagé par la suite de constater qu’il avait possiblement oublié sa promesse. Le problème de cet homme ne résidait pas dans son manque de générosité mais dans sa méconnaissance de la gratuité inhérente à l’amour, amour dont j’avais pu constater l’absence flagrante dans son existence au fil de nos discussions lors de ce mémorable repas. 

Partager cet article

10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 03:44

La possibilité de contribuer au salut des autres

 

Nous tenons notre assurance de pouvoir contribuer au salut de nos contemporains dans les paroles que l’apôtre Paul adresse aux Colossiens : « je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Église » (Col 1, 24). Précisons tout de suit qu’il n’y a qu’un seul sauveur et rédempteur, Jésus Christ, « car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12) ainsi que l’a déclaré l’apôtre Pierre aux chefs du peuple et anciens.

 

Si nous ne sauvons pas les autres, quel est notre rôle alors ?  De la même manière que nous ne sauvons pas seuls individuellement, Dieu demandant notre collaboration active à son action en nous, ainsi recherche-t-il notre coopération collectivement, nos œuvres de charité, les actes d’amour que nous posons, pouvant servir non seulement à dilater notre cœur et à le rendre apte à aimer davantage mais également celui de tous ceux pour qui nous offrons le fruit de ces actes en union avec l’unique Offrande de Jésus en croix.

Ainsi, Jésus qui a multiplié à deux reprises les pains alors qu’il séjournait sur terre, peut-il multiplier les fruits de nos gestes d’amour et en appliquer la totalité des effets positifs à chaque personne pour qui nous les auront offerts.

 

Comme Dieu ne nous sauve pas malgré nous, il demande notre assentiment, notre coopération, à son œuvre de salut pour nous, ainsi en va-t-il de son action chez les autres en qui il n’augmentera pas unilatéralement la capacité à aimer de leur cœur. Le fruit de notre offrande en leur faveur pourra-t-il servir de plusieurs façons : créer pour ces derniers des occasions favorables comme les circonstances du premier pardon que j’ai donné et que je dois sûrement à l’intercession de quelqu’un d’autre ou encore par l’interpellation directe quoique subtile de l’Esprit qui suggère une bonne action à entreprendre par l’entremise de la conscience, ou, exceptionnellement par un miracle.

 

En offrant nos œuvres de charité pour les âmes des fidèles défunts qui se retrouvent au Purgatoire nous pouvons hâter le moment où elles pourront joindre les rangs des élus au ciel, elles-mêmes ne pouvant rien faire pour hâter ce processus.

 

Cette capacité de contribuer au salut des autres, l’Église le reconnaît au sacrifice eucharistique dans lequel toute l’Église est unie à l’offrande et à l’intercession du Christ (CEC 1369) au cours duquel des prières d’intercession sont prévues tant pour les vivants que pour les morts.

En tant que sacrifice, l’Eucharistie est aussi offerte en réparation des péchés des vivants et des défunts, et pour obtenir de Dieu des bienfaits spirituels ou temporels. (CEC 1414)

Il n’y a pas de raison pour que l’union individuelle à l’offrande et à l’intercession du Christ en dehors de l’Eucharistie ne serve pas elle aussi au salut de l’ensemble.

Partager cet article

8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 16:23

La difficulté pour certains de concilier miséricorde de Dieu et damnation éternelle

 

Certains laissent entendre et même affirment clairement, à l’encontre de l’enseignement de Jésus et de l’Église, que Dieu qui est Amour, qui peut tout et qui ne veut pas qu’aucun de ces petits ne se perde (Mt 18, 14) ne peut permettre que personne puisse connaître la damnation éternelle. Le problème de ces personnes est qu’elles perçoivent la peine de l’enfer comme une sanction, une punition, auquel cas un Dieu dont l’amour est infini ne pourrait pas ne pas se laisser émouvoir devant la perte irrémédiable d’une de ses créatures et surseoir à l’exécution du jugement. Pour justifier leur position, ils présentent les affirmations de Jésus sur la damnation éternelle comme des épouvantails destinés à nous faire peur pour nous inciter à vivre le plus correctement possible et donnent en exemple, pour appuyer leur vision, que Dieu a déjà renoncé par le passé à l’exécution d’un châtiment lorsqu’il a gracié les Ninivites parce qu’ils s’étaient détournés de leur conduite mauvaise (Jon 1-4).

 

Au plan technique nous noterons à la base qu’utiliser l’Ancien Testament pour réfuter une affirmation du Nouveau constitue un contre-sens car la Révélation de Dieu a été en s’affinant dans le temps, Dieu se révélant davantage et plus précisément au fur et à mesure que progressait l’histoire du salut, Jésus Christ, par sa vie, son enseignement et l’envoi de l’Esprit de vérité donnant à la révélation son dernier achèvement (Dei Verbum 4). De plus, on ne peut imaginer Celui qui est la Voie, la Vérité et la Vie (Jn 14, 6) et qui nous a dit : « Que votre langage soit: Oui? Oui, Non? Non » (Mt 5, 37) puisse présenter comme une situation de fait et à plusieurs reprises l’existence de la géhenne de feu où plusieurs se retrouveraient alors qu’il ne s’agirait là que d’un concept théorique destiné à nous faire peur. Enfin, le récit du livre de Jonas est tout à fait cohérent avec l’ensemble de la Révélation puisque Dieu a renoncé au châtiment prévu parce que les Ninivites se sont repentis de leur vivant, pendant le temps de grâce accordé à tout homme pour développer sa capacité d’aimer en vérité en accueillant et redistribuant l’amour. 

 

Pour comprendre la peine de l’enfer, de la géhenne de feu, il faut comprendre la nature du feu dont il est question. Il ne saurait être question du feu terrestre qui ne peut avoir d’effet sur de purs esprits. Il s’agit donc d’une analogie similaire à celle de la déclaration de Jésus : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! » (Lc 12, 49). Quand Jésus a dit cela il ne pensait pas à un feu qui physiquement embraserait la terre consumant sa surface à la manière d’une gigantesque explosion nucléaire. Le feu dont il était question était l’amour et l’Esprit d’Amour qu’il nous enverrait après qu’il soit retourné vers le Père. Je pense que quand Jésus parle du feu de la géhenne il parle du même feu de l’amour. Comment est-ce possible ? Dieu est à la fois Amour et omniprésent. On ne peut imaginer une partie du monde visible ou invisible qui puisse échapper à la présence de l’Amour et c’est justement la présence de l’Amour de Dieu qui est cause de souffrance à la manière de la brûlure d’un feu pour ceux dont le cœur a été trouvé irrémédiablement fermé à l’Amour au moment de rendre leur dernier souffle. Nous pouvons comparer l’âme à une vitre, Dieu à un soleil et son amour aux rayons de ce soleil. Les élus, ceux qui sont dans le Royaume, sont comme des vitres parfaitement transparentes, sans aucune tache, vitres qui laissent passer les rayons de l’amour de Dieu à travers elles sans altération comme ils ont coopéré à rendre leur cœur capable de laisser passer l’amour de Dieu à travers eux en le répandant autour d’eux. Inversement, ceux qui ont refusé de laisser transformer leur cœur de pierre en cœur de chair par l’Esprit d’Amour, « Je leur donnerai un seul cœur et je mettrai en eux un esprit nouveau: j'extirperai de leur chair le cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair » (Éz 11, 19), et qui ont joui égoïstement de la vie, ceux-là se sont rendus aussi opaques que la pierre aux rayons de lumière de l’amour de Dieu et ces derniers, comme les rayons de soleil pour une surface opaque, les échauffent au point de ressentir une douleur semblable aux brûlures d’un feu. C’est encore le même feu d’amour qui agit dans le Purgatoire, échauffant les impuretés qui empêchent la vitre de l’âme d’être totalement transparente à l’amour de Dieu, mais cette fois avec l’espérance que ce feu fasse disparaître en les brûlant les imperfections qui empêchent l’amour de Dieu de circuler librement à travers elle pour qu’elle rejoigne éventuellement le rang des élus.

 

Bien que ciel, purgatoire et enfer soient d’abord des états de l’âme rendue en l’autre vie, nous pouvons penser que ceux  qui partagent un même état se retrouve dans le même « lieu » en raison de l’amour de Dieu. La peine des damnés et de ceux en attente serait d’autant plus grande s’ils voyaient le bonheur des élus. Inversement, le bonheur des élus serait altéré par la vision des souffrances de ces frères dont ils se sentaient solidaires mais qu’ils n’ont pu contribuer à sauver en raison du libre choix exercé par ces derniers. Une âme transparente de l’amour de Dieu qui se retrouverait en enfer ne ressentirait pas le feu de l’amour de Dieu comme une brûlure mais un froid glacial en raison de la désespérance qui est le lot de ceux qui sont confinés en cet endroit. Jésus confirme l’existence de « lieux » distincts dans la parabole du riche et de Lazare alors qu’Abraham dit au riche qui se retrouve dans l’Hadès en proie à des tortures : « entre nous et vous un grand abîme a été fixé, afin que ceux qui voudraient passer d'ici chez vous ne le puissent, et qu'on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous » (Lc 16, 23.26).

 

Enfin, on dit que la situation est tellement claire au moment de vérité qui succède la mort que ce serait l’âme elle-même qui d’elle-même se rendrait à la destination qui est sienne. Cela est tout-à-fait compatible avec la notion d’état et que ce n’est pas le lieu qui est cause de souffrance mais bien la résistance à l’amour de Dieu qui cause un échauffement s’apparentant à une brûlure et que se retrouver au mauvais endroit aggraverait la peine, ou, dans le cas des élus, porterait atteinte à leur bonheur.

Partager cet article

7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 23:10

Le martyre chrétien

 

Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu’à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ, mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. Il rend témoignage à la vérité de la foi et de la doctrine chrétienne. Il supporte la mort par un acte de force. " Laissez-moi devenir la pâture des bêtes. C’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu " (Ignace d’Antioche, Rom. 4, 1). (CEC 2473).

 

Bien que le martyre puisse être le fruit d’un geste héroïque inspiré par l’Esprit de Dieu qui ouvre d’un coup le cœur de celui qui s’y soumet, sa forme ordinaire est que ce suprême témoignage rendu à la vérité de la foi constitue l’aboutissement d’un long processus où le cœur s’est libéré graduellement de tout attachement de ce qui n’est pas Dieu en disant oui avec amour à la volonté de Dieu exprimée par les événements et les autres, de sorte qu’en bout de ligne la mort ne devient qu’un tout petit pas à franchir pour celui dont le cœur est tellement dilaté qu’il n’est plus séparé de Dieu que parce qu’il habite un corps de chair. À cet effet, le récit du martyre d’Étienne dans les Actes des apôtres est fort instructif. À preuve qu’un rien le sépare de Dieu juste avant son exécution est qu’il lui est donné de voir Dieu immédiatement avant celle-ci : « Tout rempli de l'Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. "Ah! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu." » (Ac 7, 55-56). Comme preuve de sa charité, de la très grande ouverture de son cœur au moment de sa mort et de la grande solidarité qu’il ressentait envers ses frères même ennemis sont les dernières paroles qu’il prononça : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » (Ac 7, 60) à la suite de son maître, le Christ, en croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23, 34). Le martyre accède directement au Royaume éternel en raison de l’ouverture exceptionnelle de son cœur à l’amour de Dieu et du prochain.

 

Partager cet article

6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 18:29

La vie terrestre : un combat à l’issue incertaine

 

Si le constat qui scelle notre sort pour l’éternité ressemble une photo de notre  cœur à un moment très précis, celui de notre mort, cela signifie que rien n’est jamais joué, en bien comme en mal, tant que nous n’avons pas rendu notre dernier souffle, incitation à ceux qui sont engagés sur la bonne voie à ne pas ménager leurs efforts pour garder le cap, espérance pour ceux qui se sont égarés de réintégrer le chemin du salut, ne serait-ce qu’à la toute dernière minute !

 

L’apôtre Paul compare les croyants aux athlètes : « Ne savez-vous pas que, dans les courses du stade, tous courent, mais un seul obtient le prix? Courez donc de manière à le remporter. Tout athlète se prive de tout; mais eux, c'est pour obtenir une couronne périssable, nous une impérissable » (1 Co 9, 24-25). Nous pourrions même rajouter que les croyants sont des athlètes qui s’entraînent toute leur vie en vue d’une seule compétition, l’instant de leur mort, genre des olympiques auxquelles ils ne pourraient que participer une seule fois. Ils ne seront pas jugés sur le nombre d’heures d’entraînement qu’ils auront consacrées à leur sport, ni à la qualité des entraînements, ni sur le fait qu’ils puissent avoir été à un moment donné les meilleurs de leur discipline. Quand vient le moment de la compétition ultime, les athlètes ne sont jugés que sur la performance qui est effectivement livrée au moment décisif. Bien que ce soient les préparatifs qui aient rendu possible les résultats obtenus, la performance demeurera toujours la seule chose qui soit évaluée. La performance de l’athlète peut être handicapée par les blessures, de même le péché blesse le cœur du croyant en réduisant sa capacité d’aimer.

 

À la différence des athlètes qui pourront difficilement réaliser une performance adéquate le moment venu s’ils ne se sont pas entraînés adéquatement, une personne peut, par une seule parole, un seul geste, ouvrir son cœur à la miséricorde et se rendre apte à paraître devant Dieu, même au tout dernier moment, l’exemple le plus pertinent étant celui du larron crucifié aux côtés de Jésus qui s’est fait promettre par ce dernier « En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 42) pour s’être prononcé pour Jésus, s’être reconnu pécheur, et avoir imploré sa miséricorde : « "Tu n'as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine! Pour nous, c'est justice, nous payons nos actes; mais lui n'a rien fait de mal." Et il lui dit: "En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis." » (Lc 23, 39-41). Parmi ceux qui peuvent être sauvés in extremis on retrouve les personnes qui perdent la vie en tentant de sauver celle des autres, un pompier, par exemple qui trouverait la mort alors qu’il cherche à sauver une personne prisonnière d’un feu. S’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jn 15, 13) on peut imaginer la grandeur de cœur de celui qui la sacrifie pour des inconnus…

 

Inversement, quelqu’un peut se perdre jusqu’à son tout dernier moment, le combat durant jusque là. Personnellement, j’aime bien cette petite histoire qu’on raconte au sujet d’un Père du désert qui était mourant et qui illustre bien que le combat spirituel dure jusqu’à la fin : Le démon se présente à lui et lui déclare piteusement : « tu m’as vaincu » et le Père de répondre : « pas encore » mettant en fuite l’esprit malin qui tentait de le faire tomber dans le piège de l’orgueil… La nécessité pour les croyants de veiller, de demeurer vigilants, de garder leurs cœurs ouverts est signalée par Jésus à de nombreuses reprises dont ce passage de l’évangéliste Luc : « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera. Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l'un à l'autre, il les servira. Qu'il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s'il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils! Comprenez bien ceci: si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme va venir » (Lc 12, 35-40).

 

La certitude qu’il ne faut rien prendre pour acquis dans la vie spirituelle, que notre sort pour l’éternité ne se fixe qu’au moment de notre mort, nul ne l’exprime plus clairement qu’Ézéchiel qui rapporte les paroles qui lui ont été adressées par le Seigneur :

 

Parole du Seigneur. Si le méchant se détourne de tous les péchés qu'il a commis, s'il observe tous mes commandements, s'il pratique le droit et la justice, il ne mourra pas, il vivra. On ne se souviendra pas des péchés qu'il a commis, il vivra à cause de la justice qu'il a pratiquée. Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? Mais, si le juste se détourne de sa justice et fait le mal en imitant toutes les abominations des méchants, est-ce qu'il vivra ? On ne se souviendra plus de toute la justice qu'il avait pratiquée : à cause de son infidélité et de son péché, il mourra ! Et pourtant vous dites : 'La conduite du Seigneur est étrange. ' Écoutez donc, fils d'Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N'est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c'est à cause de sa perversité qu'il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra. (Éz 18, 21-28)

Partager cet article

6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 04:04

Le rôle essentiel du pardon dans la vie spirituelle

 

Dieu est Amour. Amour et non-amour ne peuvent cohabiter au sein d’un même cœur. Aussi n’y a-t-il pas de vie spirituelle possible sans pardon inconditionnel de tous ceux qui ont pu nous causer un tort quelconque, réel ou apparent. De là la recommandation de Jésus : « Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande sur l'autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l'autel, va d'abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5, 23-24). Non seulement importe-t-il de pardonner les autres afin d’obtenir, par un effet de réciprocité, le pardon de nos propres offenses par Dieu ainsi que Jésus nous a indiqué de le demander dans la prière du Notre Père, « pardonne-nous nos torts envers toi, comme nous-mêmes nous avons pardonné à ceux qui avaient des torts envers nous » (Mt 6, 12), mais encore parce que nous sommes les premiers affectés par tout refus de pardonner. En effet, un tel refus réduit notre capacité à aimer non seulement Dieu mais également les autres. Conséquemment, le refroidissement du cœur qui résulte d’un tel refus ne met pas uniquement en péril le bonheur éternel auquel nous aspirons mais aussi notre bonheur dès à présent en cette vie, l’amour étant à son origine.

 

Je me souviens du premier véritable pardon que j’ai accordé il y a quarante ans, à quelques jours près, du moment où j’écris ces lignes. J’étais alors une personne rancunière et ma vie spirituelle était alors au plus bas. Je me souviens très bien du combat que j’ai dû livrer pour passer outre à mes inclinaisons naturelles afin de pardonner à cette personne qui m’avait fait mal ainsi que de la grande joie que j’ai éprouvée après avoir pardonné. Ce ne fut pas là un grand geste de ma part puisque les circonstances particulières qui entouraient cet événement m’incitaient fortement à poser une telle action mais cela constitua tout de même le premier pas non seulement d’une longue série de pardons à accorder mais aussi et surtout le premier pas du rétablissement de ma relation avec Dieu.

 

Il n’y a pas que les pardons que nous donnons qui importent dans la vie spirituelle. Ceux que nous sollicitons et obtenons de Dieu dans le sacrement de Réconciliation comptent tout autant. Le sacrement de réconciliation fait partie des sacrements de guérison. Il restaure la capacité du cœur à aimer qui avait été handicapée par le péché. Il n’efface pas la faute mais ce qui, dans ses effets altère notre capacité à entrer en relation d’amour véritable avec Dieu, son Église et notre prochain. Cela regroupe les quatre premiers effets spirituels de ce sacrement énoncés au paragraphe 1496 du catéchisme de l’Église catholique (CEC) :

– la réconciliation avec Dieu par laquelle le pénitent recouvre la grâce,

– la réconciliation avec l’Église ;

– la remise de la peine éternelle encourue par les péchés mortels ;

– la remise, au moins en partie, des peines temporelles, suites du péché ;

 

Les deux derniers effets décrits sont des conséquences de la guérison:

            – la paix et la sérénité de la conscience, et la consolation spirituelle ;

– l’accroissement des forces spirituelles pour le combat chrétien.

 

Et même, oserai-je ajouter, peut-on espérer un jour, lorsque la cause du péché résulte d’une disposition physique ou psychologique s’apparentant à une dépendance, être miraculeusement, en ce que cela dépasse nos capacités propres, libéré de celle-ci par ce sacrement.

 

La faute, en tant que telle, ne peut être effacée. Elle demeure une réalité historique dont on ne peut nier qu’elle ait effectivement eu lieu et dont le rappel devrait servir à nous maintenir dans l’humilité, la principale qualité du cœur qui aime en vérité. Le fait que la faute demeure, entraîne la nécessité de faire tout en notre pouvoir pour réparer le tort fait ou en atténuer les effets à la suite de Zachée : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple » (Lc 19, 8) ce à quoi répond Jésus et qui s’apparente à une absolution : « Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 9). Le CEC traite de ce point au paragraphe 1459 :

 

Beaucoup de péchés causent du tort au prochain. Il faut faire le possible pour le réparer (par exemple restituer des choses volées, rétablir la réputation de celui qui a été calomnié, compenser des blessures). La simple justice exige cela. Mais en plus, le péché blesse et affaiblit le pécheur lui-même, ainsi que ses relations avec Dieu et avec le prochain. L’absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés (cf. Cc. Trente : DS 1712). Relevé du péché, le pécheur doit encore recouvrer la pleine santé spirituelle. Il doit donc faire quelque chose de plus pour réparer ses péchés : il doit " satisfaire " de manière appropriée ou " expier " ses péchés. Cette satisfaction s’appelle aussi " pénitence ".

 

La fréquentation régulière du sacrement de Réconciliation est recommandée afin de combattre l’endurcissement du cœur conséquent au péché, non seulement pour être trouvés avec un cœur ouvert à l’amour si la mort devait survenir à l’improviste mais aussi en ce que le sacrement nous communique des forces spirituelles pour le combat chrétien, qui est le combat contre le péché.

 

Enfin, si quelqu’un devait penser que le sacrement de réconciliation constitue une licence pour pécher impunément, ce n’est pas le cas : L’absolution enlève le péché, mais elle ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés. Si le cœur est restauré dans sa capacité à aimer, notre nature pécheresse ressort, quant à elle, affaiblie des expériences de chute et donc plus encline à retomber dans un mal similaire ou un mal pire encore. Plus nous péchons, plus nous risquons de créer une habitude de pécher qui nous entraîne à pécher plus souvent et plus gravement jusqu’à mettre en péril notre salut. Pour renforcir la nature blessée, il faut s’adonner à la pratique des vertus, faire les œuvres de l’amour, gestes qui non seulement créent une habitude au bien mais également élargissent la capacité d’amour de notre cœur.

Partager cet article

23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 21:33

De l’utilité et de l’inutilité des œuvres

 

Est-ce à dire que les œuvres n’ont aucune incidence sur notre destinée finale ainsi que le prétendent certains ? Nullement ! Les œuvres ou l’absence de celles-ci ouvrent ou endurcissent le cœur. Toutes les fois que nous nous laissons interpeller par la misère des autres nous ouvrons notre cœur et le rendons aptes à aimer davantage. Inversement, toutes les fois que nous ignorons ceux qui souffrent, que nous détournons les yeux pour ne pas les voir ou que nous les regardons sans nous laisser toucher par leur misère, nous endurcissons notre cœur, nous atrophions notre capacité d’aimer, capacité d’aimer qui représente le critère déterminant notre ultime destinée.

 

Après avoir dit que nous ne pouvions espérer accéder au salut par les œuvres, l’apôtre Jacques n’en souligne pas moins que la foi, confesser l’existence de Dieu ou que Christ est Seigneur, ne suffit pas à elle seule pour donner accès au salut éternel : « À quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu'un dise: "J'ai la foi", s'il n'a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver? Si un frère ou une sœur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise: "Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous", sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi: si elle n'a pas les œuvres, elle est tout à fait morte » (Jc 2, 14-17), morte donc incapable de contribuer à accroître la capacité du cœur à aimer. Jésus dit lui-même qu’il ne sert à rien de confesser notre foi des lèvres si notre conduite ne correspond pas à la conduite conséquente cette foi, à savoir faire la volonté du Père : « Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur ! ', pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? ' Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal ! ' » (Mt 7, 21-23).

Partager cet article

23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 03:42

Le moment où le sort de l’âme est scellé et comment s’y disposer

 

Les chrétiens utilisent le terme jugement pour décrire le moment où le sort de l’âme est scellé. On distingue même deux jugements : le premier, le jugement particulier où le sort de chacun est déterminé au moment de sa mort entre ciel, purgatoire et enfer, prélude du second qui surviendra à la fin des temps, après la résurrection de tous les morts, " des justes et des pécheurs " (Ac 24, 15) (CEC 1038), le Jugement dernier, après lequel il n’y aura plus que deux états, alors que le Christ " viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle " (Mt 25, 31. 32. 46).

 

Les réalités spirituelles sont décrites par des analogies aux choses terrestres qui nous sont familières pour nous permettre de saisir quelque chose ce qui échappe à la perception de nos sens. Si l’emploi du terme jugement s’avère heureux en ce qu’il manifeste qu’il s’agit là d’un moment décisif, par contre, l’emploi de ce terme, en ce qu’il évoque le prononcé de la sentence d’une cour après pris connaissance de l’histoire, avoir pesé  les arguments des demandeurs et des défendeurs et évalué la preuve présentée,  est la cause de nombreuses incompréhensions sur ce qui se passe vraiment et même sur la nature de ce qui fixe notre sort à jamais.

 

À mon avis, le mot constat correspond mieux à ce qui se passe lors de ce moment décisif et du caractère définitif des ses conséquences. Qu’est-ce qui est constaté ? Les dispositions de notre cœur à aimer au moment de notre mort, à savoir sa capacité d’accueil de l’amour de Dieu et des autres ainsi que celle de se donner généreusement, sans espoir d’un retour quelconque, pour Dieu et pour les autres. Le terme constat traduit également mieux la nature de Dieu qui est le Dieu du moment présent, « le Dieu des vivants », ainsi que le laisse entendre la réponse de Jésus aux Sadducéens  qui voulaient savoir comment notre histoire passée influencerait notre vie à venir :

 

Des Sadducéens viennent auprès de lui. Ces gens disent qu'il n'y a pas de résurrection. Ils lui posaient cette question: " Maître, Moïse a écrit pour nous: Si un homme a un frère qui meurt en laissant une femme, mais sans laisser d'enfant, qu'il épouse la veuve et donne une descendance à son frère...  Il y avait sept frères. Le premier a pris femme et est mort sans laisser de descendance.  Le second a épousé cette femme et est mort sans laisser de descendance. Le troisième également,  et les sept n'ont laissé aucune descendance. Après eux tous, la femme est morte aussi. À la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d'entre eux sera-t-elle la femme, puisque les sept l'ont eue pour femme ? "  Jésus leur dit: " N'est-ce point parce que vous ne connaissez ni les Écritures ni la puissance de Dieu que vous êtes dans l'erreur ? En effet, quand on ressuscite d'entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux. " Quant au fait que les morts doivent ressusciter, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, au récit du buisson ardent, comment Dieu lui a dit: "Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob " ?  " Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Vous êtes complètement dans l'erreur. " (Mc 12, 18-27).

 

Ce constat est comme une photographie de l’état de notre cœur au sens biblique du terme à savoir le plus intime de l’être et décrit par le livre Vocabulaire de théologie biblique (Éditions du Cerf, 1970) comme étant : le centre de l’être, là où l’homme dialogue avec lui-même (Gn 17, 7 ; Dt 7, 17), assume ses responsabilités, s’ouvre ou se ferme à Dieu (Dieu étant Amour, s’ouvre ou se ferme à l’Amour). Dans l’anthropologie concrète et globale de la Bible, le cœur de l’homme est la source même de sa personnalité consciente, intelligente et libre, le lieu de ses choix décisifs, celui de la Loi non écrite (Rm 2, 15) et de l’action mystérieuse de Dieu.

 

Le cœur de l’homme est le lieu du combat entre le bien et le mal : « ce qui sort de la bouche procède du cœur, et c'est cela qui souille l'homme. Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations » (Mt 15, 18-19). Ce qui est constaté au moment de la mort est la propension du cœur à faire le bien ou le mal, à aimer ou pas, à ce moment bien précis. En ce sens, les œuvres passées, bonnes ou mauvaises, n’ont pas d’incidence directe sur notre sort et il est heureux qu’il en soit ainsi parce que s’il s’agissait de peser ce que nous avons fait ou omis de faire, en bien ou en mal, la balance du jugement de Dieu pencherait infailliblement vers la peine éternelle, « nul n’étant bon que Dieu seul » (Mc 10, 18). Pour qui serait néanmoins tenté de mettre sa foi dans les œuvres qu’il médite ce commentaire de l’apôtre Jacques : « Aurait-on observé la Loi tout entière, si l'on commet un écart sur un seul point, c'est du tout qu'on devient justiciable. Car celui qui a dit: Tu ne commettras pas d'adultère, a dit aussi: Tu ne commettras pas de meurtre. Si donc tu évites l'adultère, mais que tu commettes un meurtre, te voilà devenu transgresseur de la Loi » (Jc 2, 10-11). Que celui d’entre nous qui n’a jamais péché (Jn 8,7) ose donc prétendre qu’il puisse accéder au salut par ses œuvres !

 

Notre unique espoir de salut repose donc en la Divine Miséricorde, l’amour infini du Père pour sa créature qui « veut qu'aucun de ces petits ne se perde » (Mt 18, 14) et conséquemment refuse de tenir une comptabilité détaillée de ce que nous avons fait en bien et en mal, comptabilité qui nous discréditerait à coup sûr. Et comment incline-t-on la Divine Miséricorde en notre faveur ? En manifestant aux autres le même traitement que nous espérons de Dieu à notre égard ainsi que nous le demande Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mc 12, 31) à savoir ne pas tenir nous-mêmes de comptabilité du bien et surtout du mal que les autres nous ont faits, de pardonner afin de nous rendre éligibles à la promesse de la béatitude : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).  L’apôtre Jacques fait une remarque pertinente sur ce dernier point : « le jugement est sans miséricorde pour qui n'a pas fait miséricorde; mais la miséricorde se rit du jugement » (Jc 2, 13).

Partager cet article

22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 10:15

Ceci est le premier d'une série d'articles exposant une réflexion sur la vie éternelle.

 

Existence d’une Vie après la vie

 

L’existence ou non d’une Vie après notre existence terrestre et, le cas échéant,  la manière dont notre vie actuelle influera sur notre Vie éternelle constituent des questions d’une importance capitale pour comprendre le sens de la vie et l’objectif vers lequel celle-ci doit tendre.

 

Les chrétiens trouvent dans les Évangiles de nombreuses affirmations de Jésus qui attestent l’existence d’une vie postérieure à la mort terrestre. L’une d’entre elles éclaire particulièrement le sens du sacrifice du Christ sur la croix à savoir payer la rançon pour nos fautes afin de nous ouvrir les portes du Royaume éternel : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures; sinon, je vous l'aurais dit; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. Et du lieu où je vais, vous savez le chemin » (Jn 14, 2-4). Ce chemin c’est bien sûr qu’il faut passer par la mort mais également faut-il être trouvé au moment du passage dans les bonnes dispositions tel que l’illustre la parabole qui commence par « Il en va du Royaume des Cieux comme d'un roi qui fit un festin de noces pour son fils ». Se retrouve là un homme qui ne portait pas la tenue de noces… Alors le roi dit aux valets: Jetez-le, pieds et poings liés, dehors, dans les ténèbres: là seront les pleurs et les grincements de dents. Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus (Mt 22, 1-14).

 

On retiendra des paroles de Jésus que non seulement il y a une vie après la mort mais que celle-ci ne sera pas la même pour tous, ceux qui ne seront pas trouvés dignes de se tenir en présence de Dieu  risquant d’aboutir dans la fournaise ardente, là où seront les pleurs et les grincements de dents (Mt 13, 50). Le Catéchisme de l’Église catholique dans sa deuxième section, la profession de foi chrétienne, aborde le thème de la vie éternelle aux paragraphes 1020 à 1060 alors qu’il explique la signification de la dernière affirmation du Credo : Je crois à la vie éternelle. Ces explications indiquent qu’en plus du ciel et de l’enfer, il existe un troisième état le Purgatoire pour Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel (CEC 1030).

Partager cet article

16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 18:51

 

Partager la richesse… spirituelle

 

Jésus déclarait à la foule et à ses disciples : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.

 

Matthieu 23, 1-12

 

 

Le carême est le temps du partage. Instinctivement, lorsqu’on parle de partage on pense au partage des biens matériels avec les plus démunis. Et c’est important ! Mais il s’avère tout aussi important de partager les dons spirituels reçus de Dieu à commencer par la connaissance que nous avons de Lui en tant qu’Amour, amour miséricordieux, indéfectible, toujours prêt à pardonner. Un Amour dont nous nous savons aimés et dont nous avons été gratifiés sans aucun mérite de notre part ce qui implique, par réciprocité, un devoir : aimer les autres sans faire acception de personne, qu’ils le « méritent » ou pas! C’est ce qu’exprime l’apôtre Jean : « Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19).

 

Les scribes et les pharisiens sont riches de la connaissance de Dieu : ils enseignent dans la chaire de Moïse. Et Jésus reconnaît la valeur et de la vérité de leur science : Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Leur problème réside en ce qu’ils thésaurisent pour eux-mêmes (Lc 12, 21), qu’ils cherchent à tirer des avantages personnels de leur connaissance de Dieu, qu’ils se servent de cette connaissance pour asservir les autres, ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens, prescriptions dont ils se sentent dispensés en raison de leur statut de savants : mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Pas de différence entre eux et ceux qui se servent de la richesse matérielle pour asservir les autres ! Tout comme les riches, ils agissent toujours pour être remarqués des hommes.

 

La vie spirituelle est un double mouvement : d’une part, aller vers Dieu par la prière, se faire capacité pour accueillir son amour et ses dons et, d’autre part, aller vers les frères et sœurs pour redistribuer ce dont nous avons été comblés par la générosité de Dieu, nous vider de ce que nous avons reçu pour nous rendre disponibles à recevoir davantage encore. Mystérieusement, la Parole de Dieu grandit quand nous la donnons aux autres. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le pape François qui l’a dit dans les paroles qu’il a adressées à la foule avant l’Angélus du 16 mars 2014 (voir extrait ci-dessous). Cet accroissement qui résulte du partage ne vaut pas uniquement pour la Parole de Dieu mais encore pour tout don spirituel reçu de Lui. Voici donc les paroles du pape François :

 

De cet épisode de la Transfiguration je voudrais souligner deux éléments significatifs, que je synthétise en deux mots : montée et descente. Nous avons besoin d'aller à l'écart, de monter sur la montagne dans un espace de silence, pour nous trouver nous-mêmes et mieux percevoir la voix du Seigneur. Cela nous le faisons dans la prière. Mais nous ne pouvons pas rester là ! La rencontre avec Dieu dans la prière nous pousse à nouveau à "descendre de la montagne" et à retourner en bas, dans la plaine, où nous rencontrons tant de frères alourdis de peines, maladies, injustices, ignorances, pauvreté matérielle et spirituelle. À nos frères qui sont en difficulté, nous sommes appelés à apporter l'expérience que nous avons faite avec Dieu, en partageant la grâce reçue. C’est curieux. Quand nous entendons la Parole de Jésus, que nous écoutons la Parole de Jésus et que nous l'avons dans le cœur, cette Parole grandit. Savez-vous comment elle grandit? En la donnant à l'autre ! La Parole du Christ grandit en nous quand nous la proclamons, quand nous la donnons aux autres ! Et c'est la vie chrétienne. C'est une mission pour toute l’Église, pour tous les baptisés, pour nous tous : écouter Jésus et l'offrir aux autres.   

 

Partager cet article

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog