23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 18:50

 

 

Amitié

 

La parole agréable attire de nombreux amis, le langage aimable attire de nombreuses gentillesses. De bonnes relations, tu peux en avoir avec beaucoup de monde ; mais des conseils, n'en demande qu'à un seul entre mille. Si tu veux acquérir un ami, acquiers-le en le mettant à l'épreuve ; n'aie pas trop vite confiance en lui. Il y a l'homme qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse. Il y a l'homme qui d'ami se transforme en ennemi, et qui va divulguer, pour ta confusion, ce qui l'oppose à toi. Il y a l'homme qui est ton ami pour partager tes repas, mais qui ne reste pas avec toi au jour de ta détresse. Quand tout va bien pour toi, il est comme un autre toi-même et commande avec assurance à tes domestiques ; mais si tu deviens pauvre, il est contre toi, et il se cache pour t'éviter. Tes ennemis, tiens-les à distance, mais avec tes amis sois sur tes gardes. Un ami fidèle est un refuge assuré, celui qui en trouve un a trouvé un trésor. Un ami fidèle n'a pas de prix, sa valeur est inestimable. Un ami fidèle est un élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur. Celui qui craint le Seigneur orientera bien ses amitiés, car son compagnon lui ressemblera.  

 

Livre de l'Ecclésiastique 6,5-17

 

 

L’amitié véritable est une notion qui semble en perte de vitesse dans un monde de plus en plus virtuel où les « amis » se comptent par centaines sur les pages des réseaux sociaux. Or l’amitié véritable est plus question de qualité que de quantité, de profondeur que de superficialité, de communion que de bavardage…

 

Un ami fidèle est un refuge assuré, celui qui en trouve un a trouvé un trésor. La rareté fait la valeur des trésors. Ainsi en va-t-il des amis fidèles. Les doigts d’une seule main suffisent généralement pour les dénombrer, les deux mains tout au plus !

 

Où donc trouver ces perles rares ? Les amitiés ne se découvrent pas, elles se tissent lentement mais sûrement. Généralement nos amis partageront nos valeurs, notre vision de vie. Nous pouvons nous rapprocher de quelqu’un pour diverses raisons dont le fait d’avoir une activité commune. Cependant, seule la proximité intime résistera aux outrages du temps. Celui qui craint le Seigneur orientera bien ses amitiés, car son compagnon lui ressemblera.

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 21:55

 

Scandale

 

« Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer.»  

 

Marc 9, 42

 

 

Pécher, avoir des faiblesses, est une chose. Toute autre chose est-ce de pécher au su et au vu de tous et même de se vanter de son inconduite. Dans le premier cas, les effets du mal se limitent au pécheur et à ceux qui ont été directement impliqués dans le méfait. Dans le second, ces effets se multiplient en incitant d’autres à agir de la même manière que ce soit parce que le coupable n’a pas encore subi les conséquences de son geste répréhensible ou par attrait du plaisir que semble ressentir ce dernier à le commettre. Ne vaut guère mieux celui qui, ayant eu vent de la chose, s’empresse de la faire connaître.
 

« Tout m’est permis ; mais tout n’est pas profitable » (1 Co 6, 12) nous dit l’apôtre Paul. Si grande soit la liberté qui nous est accordée, l’apôtre lui met comme limite l’impact négatif que notre mauvais exemple ou nos mauvaises paroles risquent d’avoir sur les plus faibles : « Mais prenez garde que cette liberté dont vous usez ne devienne pour les faibles occasions de chute » (1 Co 8, 9) et : « si un aliment doit causer la chute de mon frère, je me passerai de viande à tout jamais, afin de ne pas causer la chute de mon frère » (1 Co 8, 13).

 

Le péché, la chute, nous ne pourrons jamais l’éviter. Gardons-nous cependant d’agir en sorte que la connaissance du scandale se répande.

 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 05:04

 

Une Église inclusive

 

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous. »

 

Marc 9, 38-40

 

 

L’objectif de l’Église n’est pas d’exclure mais que le plus grand nombre parvienne au salut.

 

La tendance de la chair consiste à vouloir limiter certains actes aux membres d’un groupe auquel nous appartenons conférant des privilèges à un groupe restreint. Les ordres professionnels et les corporations d’artisans œuvrent activement à faire reconnaître un droit exclusif à leurs membres de poser certains actes.

 

Rien de tel dans l’Église du Christ : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous. » Déjà, dans les temps anciens, Moïse se situait dans la ligne de pensée de Jésus : « Deux hommes étaient restés au camp; l'un s'appelait Eldad et l'autre Médad. L'Esprit reposa sur eux; bien que n'étant pas venus à la Tente, ils comptaient parmi les inscrits. Ils se mirent à prophétiser dans le camp. Un jeune homme courut l'annoncer à Moïse: "Voici Eldad et Médad, dit-il, qui prophétisent dans le camp." Josué, fils de Nûn, qui depuis sa jeunesse servait Moïse, prit la parole et dit: "Moïse, Monseigneur, empêche-les!" Moïse lui répondit: "Serais-tu jaloux pour moi? Ah! puisse tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé leur donnant son Esprit!" » (Nb 11, 26-29). À la suite de Moïse et de Jésus, l’Église et ceux qui la composent doivent être dociles aux motions de l’Esprit d’unité et chercher à rassembler : « qui ne rassemble pas avec moi disperse » (Lc 11, 23).

 

Le moteur de l’unité dans la diversité, qui rassemble dans un même corps des parties ayant des caractéristiques différentes, c’est l’Esprit Saint comme le soulignait le pape François dans son homélie du dimanche de la Pentecôte : « l’Esprit Saint « ipse harmonia est ». Il est précisément l’harmonie. Lui seul peut susciter la diversité, la pluralité, la multiplicité et, en même temps, opérer l’unité. Ici aussi, quand c’est nous qui voulons faire la diversité et que nous nous fermons sur nos particularismes, sur nos exclusivismes, nous apportons la division ; et quand c’est nous qui voulons faire l’unité selon nos desseins humains, nous finissons par apporter l’uniformité, l’homogénéité. Si au contraire, nous nous laissons guider par l’Esprit, la richesse, la variété, la diversité ne deviennent jamais conflit, parce qu’il nous pousse à vivre la variété dans la communion de l’ÉgliseL’Esprit Saint nous fait entrer dans le mystère du Dieu vivant et nous sauve du danger d’une Église gnostique et d’une Église autoréférentielle, fermée sur elle-même ; il nous pousse à ouvrir les portes pour sortir, pour annoncer et témoigner la bonne vie de l’Évangile, pour communiquer la joie de la foi, de la rencontre avec le Christ. »

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 10:36

 

 

Viens au secours de mon incroyance

 

Un homme dans la foule lui répondit : « Maître, je t'ai amené mon fils, il est possédé par un esprit qui le rend muet ; cet esprit s'empare de lui n'importe où, il le jette par terre, l'enfant écume, grince des dents et devient tout raide. J'ai demandé à tes disciples d'expulser cet esprit, mais ils n'ont pas réussi.» Jésus leur dit : «Génération incroyante, combien de temps devrai-je rester auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le auprès de moi. » On l'amena auprès de lui. Dès qu'il vit Jésus, l'esprit secoua violemment l'enfant ; celui-ci tomba, il se roulait par terre en écumant. Jésus interrogea le père : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? » Il répondit : « Depuis sa petite enfance. Et souvent il l'a même jeté dans le feu ou dans l'eau pour le faire périr. Mais si tu y peux quelque chose, viens à notre secours, par pitié pour nous ! » Jésus reprit : « Pourquoi dire : 'Si tu peux'...  ? Tout est possible en faveur de celui qui croit. » Aussitôt le père de l'enfant s'écria : «Je crois ! Viens au secours de mon incroyance ! »

 

Marc 9, 17-24

 

 

Je parlais récemment avec un incroyant qui essayait de me convaincre que Dieu n’existe pas. Son argumentation se fondait sur l’inutilité de la foi : « La religion ne rend pas les personnes meilleures. Les croyants ne sont pas meilleurs que les incroyants. Il y a même des athées qui sont d’aussi bonnes personnes que les meilleurs croyants. Tout au plus, la religion sert-elle à certaines personnes à passer à travers des périodes difficiles comme la maladie, l’approche de la mort… Si la religion fait quelque bien, elle fait tout autant de tort en dressant les personnes les une contre les autres, les entraînant dans des guerres de religion »,  religions qui se valaient toutes selon ses dires. Réalisant que son argumentation tombait à plat il a terminé l’entretien par un constat avec lequel j’étais tout-à-fait d’accord : « La religion est une question de foi ».

Je n’ai guère été surpris des propos de cette personne puisqu’elle a une vision utilitariste de l’existence. À ses yeux, la valeur des personnes et des choses s’établit en fonction de leur utilité. Une telle vision rabaisse les personnes au rang d’objets. Nullement étonnant dans un tel contexte qu’elle parle de « religion » et non de Dieu. Dieu est une Personne avec qui entrer en relation. Ce Dieu est Amour, celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu (1 Jn 4, 8). Dieu étant Amour, toutes les religions ne se valent pas : seules celles qui conduisent à aimer davantage Dieu et le prochain (même les ennemis !), l’un n’allant pas sans l’autre, sont susceptibles de conduire à Dieu. Dieu lui-même ne veut pas d’une relation fondée sur l’utilitarisme mais recherche notre amour. Aussi, n’y a-t-il pas d’avantages apparents accordés aux croyants : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5, 44-45). Dieu est une Personne qui nous aime et qui quémande notre amour. Toute vision de Dieu fondée sur l’espoir d’obtenir quelque avantage de notre proximité de Lui risque d’aboutir inexorablement à l’incroyance. Il arrive que Dieu manifeste sa bonté d’une manière particulière à ceux qui débutent dans le chemin de la foi. Cependant, ces « avantages » disparaîtront graduellement alors que croîtra leur connaissance de Celui qui est Amour, de sorte que ceux qui auraient mis leur « amour » dans les « cadeaux », plutôt qu’en Celui qui les a procurés, risquent de perdre la foi.

 

Je ne retiendrai qu’une chose de cette conversation que je vois comme un défi lancé à l’ensemble des croyants : d’un œil externe, les croyants n’apparaissent pas meilleurs que les incroyants. S’il est vrai que nous sommes sujets aux mêmes faiblesses que les autres, que nous ne sommes pas intrinsèquement meilleurs qu’eux non plus, notre amour de Dieu devrait nous amener au dépassement des limites de notre nature, ce qui ne semble pas le cas. Une personne disait récemment avec beaucoup de perspicacité : « Si tout va mal dans le monde, c’est parce que les « bons » ne sont pas « assez bons » ». Ce qui amène à la question qui nous interpelle tous : « Est-ce que la foi dont nous nous réclamons nous amène à faire une différence positive dans notre quotidien ? ». Si ce n’est pas le cas, c’est possiblement que notre foi en Dieu n’est pas assez grande ! Le commentaire de Jésus, «Génération incroyante, combien de temps devrai-je rester auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? », est toujours, hélas, d’actualité!

 

La foi est un don gratuit de Dieu. Il n’y a rien que nous ne puissions faire pour se la procurer, si ce n’est de la demander à la suite du père du jeune homme du récit : «Je crois ! Viens au secours de mon incroyance ! » ; et comme Jésus est retourné vers le Père : « ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom; demandez et vous recevrez » (Jn 16, 23-24).

 

Que nous ne croyions point, que nous croyions sans que cela fasse de différence dans notre vie, que nous croyions mais de façon insuffisante pour obtenir un miracle comme le père de ce jeune homme, quel que soit le degré de notre foi, demandons à en recevoir davantage encore pour pouvoir faire une différence dans notre monde en manifestant l’amour de Dieu pour nous. Si tous obtenaient d’élever le niveau de leur foi d’un cran, peut-être parviendrions-nous à la civilisation de l’amour ?

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 03:59

 

Pentecôte

 

« Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. Celui qui ne m'aime pas ne restera pas fidèle à mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous dis tout cela pendant que je demeure encore avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »  

 

Jean 14, 23-26

 

Quand arriva la Pentecôte (le cinquantième jour après Pâques), ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain il vint du ciel un bruit pareil à celui d'un violent coup de vent : toute la maison où ils se tenaient en fut remplie. Ils virent apparaître comme une sorte de feu qui se partageait en langues et qui se posa sur chacun d'eux. Alors ils furent tous remplis de l'Esprit Saint.

 

Actes des Apôtres 2, 1-4

 

Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! » C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

 

Lettre de Paul aux Romains 8, 14-17

 

 

À la Pentecôte, se réalise la promesse de Jésus : la venue du Défenseur, L’Esprit Saint que le Père envoie en son nom. Cet Esprit est un Esprit d’Amour. C’est pourquoi Jésus fait précéder cette promesse de : « Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». L’amour rend notre cœur brûlant. Aussi, le livre des Actes des Apôtres dit-il que l’Esprit s’est manifesté à la Pentecôte comme une sorte de feu. Ce n’est pas un hasard non plus que cette manifestation de l’Esprit survienne alors qu’ils se trouvaient réunis tous ensemble. C’est la réalisation de cette autre promesse de Jésus: « là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux » (Mt 18, 20). D’ailleurs, le salut nous n’y parviendrons pas seuls, mais ensemble, en famille, en Église. L’Esprit fait de nous des fils adoptifs du Père, donc membres de la famille des enfants du Père et aussi ses héritiers, héritage qui, contrairement à la vie humaine, ne se touchera pas à la mort du donateur mais à celle du récipiendaire du don. Cet héritage n’est autre chose que de pouvoir  être avec Dieu dans la gloire pour l’éternité. Il s’agit bel et bien d’un héritage car c’est par la filiation octroyée par l’Esprit que nous pouvons devenir bénéficiaires de ce don, sans aucun mérite de notre part.

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 05:50

 

 

Un appel propre à chacun

 

Jésus ressuscité venait d'annoncer à Pierre par quel genre de mort il rendrait gloire à Dieu. En se retournant, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. (C'est lui qui, pendant le repas, s'était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : " Seigneur, quel est celui qui va te livrer?") Pierre, voyant ce disciple, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » Jésus lui répond : « Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Mais toi, suis-moi. »  

 

Jean 21, 20-22

 

 

Dieu appelle largement, « il y a beaucoup d’appelés » (Mt 22, 14) et avec insistance, « Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3, 20). Unique cependant est l’appel lancé à chacun en fonction des attraits de sa personnalité et des capacités qui lui sont propres. À Pierre, doté d’un tempérament volontaire, Jésus demande de le suivre dans le martyre. À Jean, qui démontre plus d’attrait pour la contemplation, l’art d’aimer Dieu, il sera demandé autre chose. Et ainsi en est-il pour chacun d’entre nous.

 

« Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » — « Si je veux qu'il reste jusqu'à ce que je vienne, est-ce ton affaire ? Mais toi, suis-moi. »  Nous n’avons pas à nous préoccuper de l’appel des autres mais uniquement de ce qui est attendu de nous, d’accomplir la volonté de Dieu sur nous. Une stratégie de l’Ennemi de Dieu consiste à nous inciter à nous comparer aux autres pour susciter l’envie et ainsi porter atteinte à la communion qui est attendue de nous. Dieu a répandu dons et talents entre un très grand nombre pour que nous ayons « besoin » les uns des autres, que nous nous complétions et qu’ensemble, en Église, la famille des enfants de Dieu (Gaudium et Spes, 2), nous parvenions à la perfection. Cette diversité des appels, d’une part, et des dons et talents d’autre part, Paul l’exprime par l’image du corps : « de même que notre corps en son unité possède plus d'un membre et que ces membres n'ont pas tous la même fonction, ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres » (Rm 12, 4-5) et dans sa lettre aux Éphésiens : « C'est lui encore qui "a donné" aux uns d'être apôtres, à d'autres d'être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs, organisant ainsi les saints pour l'œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ, au terme de laquelle nous devons parvenir, tous ensemble, à ne faire plus qu'un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l'âge, qui réalise la plénitude du Christ » (Ép 4, 11-13).  Cet appel à la solidarité humaine, la diversité des vocations, dons et talents pour servir Dieu s’étend-elle également au-delà des frontières de l’Église : « les païens sont admis au même héritage, membres du même Corps, bénéficiaires de la même Promesse, dans le Christ Jésus, par le moyen de l'Évangile » (Ép 3, 16).

 

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 03:33

 

 

M’aimes-tu ?

 

" Petits enfants, c'est pour peu de temps que je suis encore avec vous. Vous me chercherez, et comme je l'ai dit aux Juifs: où je vais, vous ne pouvez venir, à vous aussi je le dis à présent. Je vous donne un commandement nouveau: vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres. "  Simon-Pierre lui dit: "Seigneur, où vas-tu?" Jésus lui répondit: "Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant; mais tu me suivras plus tard." Pierre lui dit: "Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent? Je donnerai ma vie pour toi." Jésus répond: "Tu donneras ta vie pour moi? En vérité, en vérité, je te le dis, le coq ne chantera pas que tu ne m'aies renié trois fois. "

 

Jean 13, 33-38

 

Après le repas au bord du lac, Jésus ressuscité dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m'aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

 

Jean 21, 15-19

 

 

M’aimes-tu ? Sois le berger/pasteur de mes agneaux/brebis. Notre amour de Dieu se mesure à la sollicitude que nous avons pour les autres. Quand Jésus demande à Pierre « sois le pasteur de me brebis » cela veut dire « donne ta vie pour les autres » car « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11). Chaque petit renoncement à nous-mêmes que demande l’amour des autres nous rend davantage aptes à aimer Dieu en vérité. « Le martyre, suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; témoignage qui va jusqu’à la mort » (CEC 2473), n’est pas le fruit d’une décision prise sur l’impulsion du moment mais l’aboutissement d’une longue série de renoncements à soi-même en faveur des autres pour l’amour de Dieu. Dans le premier texte Pierre est enflammé d’amour pour Dieu : « Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent? Je donnerai ma vie pour toi ». Pourtant, à la première occasion, malgré la mise en garde de Jésus, il le reniera par trois fois. C’est qu’il n’a pas commencé ou n’est pas rendu assez loin dans le chemin du renoncement à soi pour l’amour des autres. Il n’est pas prêt : « Où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant; mais tu me suivras plus tard ». Mais après qu’il ait expérimenté sa propre faiblesse pour se défier de lui-même et mettre sa confiance en Dieu seul, après qu’il se soit entièrement donné au service des autres en agissant à titre de berger/pasteur, alors il se verra offrir l’opportunité de suivre le Maître, occasion que, cette fois, il ne laissera pas filer : Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : « Suis-moi. »

 

Ces deux textes de Jean se lisent en parallèle. À travers l’expérience de Pierre nous y voyons comment l’amour de Dieu sans l’amour effectif du prochain, sur une période prolongée, ne repose sur rien et est susceptible de disparaître à la moindre menace. Seul l’amour du prochain nous rend aptes à aimer Dieu en vérité, imparfaitement en cette vie et en plénitude pour l’éternité. Soumettons-nous donc au commandement de l’amour légué par Jésus si nous souhaitons être unis à Lui un jour pour l’éternité : « Je vous donne un commandement nouveau: vous aimer les uns les autres; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres ».

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:55

 

 

Être dans le monde sans être du monde

 

« Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné en partage, pour qu'ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j'étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité.»  

 

Jean 17, 11-19

 

 

Être dans le monde sans lui appartenir, telle est la vocation particulière du laïc chrétien. Être dans le monde, c’est se conformer aux us et coutumes de ce dernier en autant qu’ils ne contreviennent pas aux préceptes divins, minimalement, la loi naturelle et le respect de la vie, plus largement le commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Rien à première vue ne distingue le chrétien comme le dénote l’auteur de la Lettre à Diognète (IIe siècle) :

 

Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n'ont pas d'autres villes que les vôtres, d'autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l'étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s'attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu'il a plu à la Providence, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu'ils trouvent établis mais…

 

Et l’auteur de poursuivre avec ce qui les distingue, à savoir qu’ils ne sont pas attachés aux choses terrestres mais à Dieu seul :

 

Mais ils placent sous les yeux de tous l'étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable. Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. Pour eux, toute région étrangère est une patrie, et toute patrie ici-bas est une région étrangère. Comme les autres, ils se marient, comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leur conversation est dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois. Ils aiment tous les hommes…

 

Ils surpassent les lois humaines qui sont les exigences minimales pour maintenir la cohésion nécessaire à la vie en société tout comme le Christ est venu dans le monde non pas abolir mais accomplir la Loi et les Prophètes (Mt 5, 17) qui constituent les exigences de base énoncées par Dieu pour entrer en relation avec Lui. Qui aime en fait beaucoup plus que l’essentiel nécessaire.

 

Qu’entend-on par « le monde » ? Essentiellement, ce qui le caractérise c’est la satisfaction de ses inclinaisons naturelles, de son égo, sans égard aux dommages collatéraux : impact sur les autres, sur l’environnement, sur le futur… dans la foulée de l’ange déchu qui, le premier, a voulu donner  préséance à sa « personne » au détriment du plan d’amour de Dieu. Jésus lui donne le titre de « Prince de ce monde » (Jn 12, 31) car il exerce une certaine emprise sur la vie terrestre en incitant à la satisfaction aveugle des besoins physiologiques ou psychologiques, réels ou apparents, de notre nature faillible.

 

Dans son homélie du 4 mai 2013, rapportée par Zenit.org, le pape François nous dit :

 

« De même que le prince du monde « a voulu tromper Jésus au désert », de même il cherchera à tromper l’homme, en l’emmenant imperceptiblement sur une « route injuste », notamment par des tentations insidieuses : « regarde, tu peux faire ceci... c’est une petite escroquerie... ce n’est rien... elle est petite ». Le prince du monde utilise aussi « les flatteries », avec lesquelles il « ramollit » l’homme jusqu’à ce qu’il « tombe dans le piège ».

 

Afin de ne pas joindre les rangs du monde, de ne pas déroger à sa mission d’être « le sel de la terre, la lumière du monde » (Mt 5, 13-14), en y manifestant l’amour de Dieu, le pape François suggère trois armes au croyant dont la principale est la parole de Dieu :

 

Le pape a proposé « l’arme pour se défendre des artifices du prince de ce monde » : il s’agit de « la même que Jésus : la parole de Dieu ».

 

Jésus en effet, « n’a pas répondu à ce prince avec ses paroles. Jamais. Il est allé chercher les paroles de Dieu et a répondu avec la parole de Dieu », a rappelé le pape, pour qui «c’est un message pour l’homme d’aujourd’hui : avec le prince de ce monde on ne peut pas dialoguer. Que cela soit clair ».

 

Le pape a également donné deux autres armes : « l’humilité et la douceur » : « ce sont les armes que le prince du monde, l’esprit du monde ne tolère pas, car ses propositions concernent le pouvoir mondain, la vanité, la richesse. Il ne supporte pas l’humilité et la douceur ».

 

En ce sens, le pape a rappelé les paroles du Christ : « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Mt 10, 16): cela signifie que si l’homme se laisse « prendre par l’esprit de vanité » et pense « faire obstacle aux loups en devenant [lui-même] loup », il se leurre. S’il cesse « d’être brebis », l’homme n’a « plus de pasteur pour le défendre » et il « tombe entre les mains des loups ».

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 02:13

 

 

Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis

 

« Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous êtes fidèles à mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera. Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. »  

 

Jean 15, 9-17

 

 

Tel est le passage de l’Ancienne à la Nouvelle Alliance : le Verbe en assumant la chair rapproche les hommes du Père, le rapport de l’homme à Dieu passe de la servitude à l’amitié. N’est-ce pas en effet le propre du servile de craindre ce qui est plus haut que lui et d’obéir à la lettre à des ordres qu’il ne comprend pas ? Pourtant Dieu aime sa créature et recherche son amour depuis les débuts : « Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le Seigneur ton Dieu attend de toi ? Il attend seulement que tu craignes le Seigneur ton Dieu en suivant tous ses chemins, en aimant et en servant le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, en gardant les commandements du Seigneur et les lois que je te donne aujourd'hui, pour ton bonheur… Or c'est à tes pères seulement que le Seigneur s'est attaché pour les aimer; et après eux, c'est leur descendance, c'est-à-dire vous, qu'il a choisis entre tous les peuples comme on le constate aujourd'hui. Vous circoncirez donc votre cœur » (Dt 10, 12-13.15-16).

 

Venu d’auprès du Père, le Christ nous L’a fait connaître comme Amour. Tout ce qu’il a appris de son Père, il nous l'a fait connaître, essentiellement l’amour qu’Il attend de nous envers Lui mais également envers les autres hommes, nos frères. Il a incarné cette volonté, il s’est fait notre modèle : vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j'ai gardé fidèlement les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour… Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Dieu veut notre bonheur : Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie. Quel plus grand bonheur y a-t-il que d’aimer et de se savoir aimé ? L’amour des hommes viendrait-il à nous faire défaut, nous pouvons compter sur l’amour indéfectible de Dieu : « Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n'as de dégoût pour rien de ce que tu as fait; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l'aurais pas formé » (Sg 11, 24). Connaissant tout cela, qu’est-ce qui nous empêche de devenir les amis de Dieu et de chercher à Lui rendre amour pour amour (Thérèse de Lisieux, Histoire d’une âme, chapitre XI) ?

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 04:55

 

 

Vaincre le monde

 

Ceux-ci lui disent alors : " Voici que tu parles ouvertement, sans employer de paraboles. Maintenant nous savons que tu sais toutes choses, et qu'il n'y a pas besoin de t'interroger : voilà pourquoi nous croyons que tu es venu de Dieu. » Jésus leur répondit : « C'est maintenant que vous croyez ! L'heure vient - et même elle est venue - où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul ; pourtant je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »   

 

Jean 15, 1-8

 

 

Qu’est-ce que Jésus a voulu dire par : moi, je suis vainqueur du monde ? Comment a-t-il vaincu le monde ? Jésus a vaincu le monde sur la croix, non pas en obéissant aux tendances de la chair qui réclame vengeance pour le mal subi, mais en pardonnant : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Lc 23, 34). La seule façon de stopper la spirale du mal, qui incite à rendre le mal subi et même davantage invitant en contrepartie la partie adverse à faire de même, c’est de renoncer à ce droit présumé de réciprocité de rendre « œil pour œil et dent pour dent » (Mt 5, 38) et de pardonner et même de rendre le bien pour le mal : « moi je vous dis: Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs » (Mt 5, 44). Abraham Lincoln avait fort bien compris la chose : « do I not destroy my enemies when I make them my friends ? / N’est-ce pas éliminer mes ennemis que de m’en faire des amis ? »

 

Je vous ai dit tout cela pour que vous trouviez en moi la paix. La paix véritable se trouve en Dieu. Dieu n’est pas homme (Nb 23, 19) pour rendre le mal pour le mal ou, pire, rendre le mal pour le bien. Tout en Lui n’est qu’Amour. N’est-ce pas uniquement en raison de son infinie miséricorde à notre égard que nous pouvons aspirer au salut éternel ? « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). Dans le monde, vous trouverez la détresse. La plus grande détresse n’est-elle pas l’absence ou le manque d’amour ?

 

Dans son message pour la journée mondiale de la paix de 2002, Jean-Paul II met en lumière la nécessité du pardon pour que s’établisse un climat de paix :

 

9. En tant qu'acte humain, le pardon est avant tout une initiative du sujet singulier dans ses relations avec ses semblables. Toutefois, la personne a une dimension sociale essentielle qui fait qu'elle tisse un réseau de relations où elle exprime ce qu'elle est: non seulement dans le bien, mais aussi malheureusement dans le mal. De ce fait, le pardon devient nécessaire également au niveau social. Les familles, les groupes, les États, la Communauté internationale elle-même, ont besoin de s'ouvrir au pardon pour renouer les liens rompus, pour dépasser les situations stériles de condamnations réciproques, pour vaincre la tentation d'exclure les autres en leur refusant toute possibilité d'appel. La capacité de pardonner est à la base de tout projet d'une société à venir plus juste et plus solidaire. 

 

 Le refus du pardon, au contraire, surtout s'il entretient la poursuite de conflits, a des répercussions incalculables pour le développement des peuples. Les ressources sont consacrées à soutenir la course aux armements, les dépenses de guerre, ou à faire face aux conséquences des rétorsions économiques. C'est ainsi que font défaut les disponibilités financières nécessaires au développement, à la paix, à la justice. De quelles souffrances l'humanité n'est-elle pas affligée parce qu'elle ne sait pas se réconcilier, quels retards ne subit-elle pas parce qu'elle ne sait pas pardonner! La paix est la condition du développement, mais une paix véritable n'est possible qu'à travers le pardon.      

 

Le pardon, voie royale 

 

 10. La proposition du pardon n'est pas une chose que l'on admet comme une évidence ou que l'on accepte facilement; par certains aspects, c'est un message paradoxal. En effet, le pardon comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu'à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire: elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l'avenir lointain une perte réelle et permanente. Le pardon pourrait sembler une faiblesse; en réalité, aussi bien pour l'accorder que pour le recevoir, il faut une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve. Loin de diminuer la personne, le pardon l'amène à une humanité plus profonde et plus riche, il la rend capable de refléter en elle un rayon de la splendeur du Créateur. 

 

 Le ministère que j'accomplis au service de l'Évangile me fait vivement sentir le devoir d'insister, en même temps qu'il m'en donne la force, sur la nécessité du pardon. Je le fais aujourd'hui encore, soutenu par l'espérance de pouvoir susciter des réflexions sereines et longuement mûries en faveur d'un renouveau général dans le cœur des personnes et dans les relations entre les peuples de la terre. 

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